Petite méthodologie de bidouillage linguistique

Les motivations derrière mon lexique de la fabrication numérique persan-anglais-français

Parmi mes projets, depuis un moment déjà, il y a celui de tourner une courte vidéo de présentation du Faclab, une visite guidée virtuelle quoi, mais en persan.

Dans le cadre du DU, on pourrait dire que ça rentre dans les thèmes transversaux « documenter » et « réseau des fablabs ». Dans mon cadre personnel, c’est pour passer de la lecture à la parole en sortant de ma comfort zone comme ils disent en anglais. En effet, mon niveau actuel en persan me permet de lire des contes pour enfants et de comprendre les chansons d’amour, en gros. J’ai quasiment zéro pratique de la conversation, car pour le moment j’ai étudié toute seule avec un livre. C’est dire à quel point m’enregistrer en train de parler persan, avec du vocabulaire technique, qui plus est, c’est un saut qualitatif de taille pour moi.

Oui, mais d’abord ce vocabulaire technique, je vais le trouver où? Inutile de dire que « découpeuse laser », ce n’est pas dans les dictionnaires disponibles que je vais trouver le terme en persan et que je ne peux pas faire confiance aux traducteurs automatiques en ligne pour me le donner non plus. Alors, comment faire? Je vais me faire mon propre lexique, pardi! Et je le partagerai en ligne avec le reste du monde (« documenter, documenter, documenter et partager »).

Ma méthodologie: de la bidouille linguistique à l’arrache

Je précise que la méthode qui suit n’est pas scientifique et ferait hurler d’effroi tout lexicographe digne de ce nom. C’est juste pour montrer que le langage, ça se hacke aussi. Et que quand on est pressé par le temps, on peut obtenir des résultats rapides et relativement fiables si on sait recouper les informations. Ce n’est pas la première fois que je fais de la bidouille linguistique de ce type: j’ai déjà réussi à tricoter des modèles en finnois et en turc alors que je ne parle pas un traître mot de ces langues en crackant le code de la terminologie en question.

Comment j’ai procédé pour trouver les termes persans? J’ai fait une recherche sur Wikipedia, par exemple « imprimante 3D ». J’ai été redirigée vers l’article « impression 3D ». J’ai cliqué sur « dans d’autres langues: فارسی » et là j’ai copié le terme, avec des pincettes, car les articles ne sont pas forcément équivalents d’une langue à l’autre: parfois l’hyperlien est fait entre le générique et le particulier, entre un outil et une technique ou entre une famille de plantes et une espèce bien particulière, mais ça permet de débroussailler. Bon, en théorie j’avais le terme pour « impression 3D » en persan. Je l’ai copié-collé (en persan, donc) dans un moteur de recherche. J’ai cliqué sur les résultats qui semblaient provenir d’un revendeur de matériel. Et là, bim! j’avais le terme pour « imprimante 3D », mais pas que… Je n’avais plus qu’à butiner les noms des autres machines: plotter, découpeuse vinyle, etc. et même à repérer quelques autres mots du champ sémantique « fabrication numérique ».

Quand je me méfie des équivalences fournies par Wikipedia, je fais parfois des recherches images sur le terme en question. Ça permet parfois de saisir les nuances très vite, mais ce n’est pas du tout infaillible: à manier avec précaution donc. Par exemple pour « menuiserie », il n’y a rien à la rubrique « dans d’autres langues ». Donc je passe sur Wikipedia en anglais et je tape le terme le plus générique possible « woodworking ». En persan, l’équivalence proposée par Wikipedia est « خراطی », mais je lis et traduis la définition en persan et ça me semble plutôt être limité au tournage sur bois. Je fais donc une recherche par images et là, ça se confirme. Je vous disais bien que les équivalences multilangues Wikipedia sont à prendre avec précaution. Je cherche des synonymes et je trouve « نجاری ». Je fais une recherche d’images pour ce nouveau terme et en tire l’impression que là, il s’agit plutôt d’ébénisterie. Tout ça est à vérifier avec des autochtones bien sûr, ou avec de bons dictionnaires techniques (bibliothèques de l’INALCO et de Censier, attendez-vous à avoir ma visite bientôt!), mais moi, ça me permet déjà de dégrossir le boulot. Je polirai tout ça avec l’aide de bons dicos et de bonnes volontés, le moment venu.

Le résultat de ce bidouillage linguistique

Cliquez sur le lien pour consulter le lexique de la fabrication numérique persan-anglais-français. Il s’agit d’un travail en cours. Je le mettrai à jour au fur et à mesure.

[màj 2017-03-20: Je prévois également de partager ce lexique sous forme de fichier compatible avec les logiciels libres de répétition espacée Anki et Mnémosyne. À suivre.]

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