Solutions possibles pour l’équipement d’un micro-fablab mobile

Alors, comment équiper un fablab mobile très très réduit avec les limitations que cela entraîne quant à la taille et surtout au poids de l’équipement? Je vais passer en revue différentes approches et donner pour chacune d’entre elles quelques exemples de produits qui pourraient faire l’affaire. À noter que je me suis surtout penchée sur l’imprimante 3D dans un premier temps, car c’est là où il y avait le plus de choix pour chaque cas de figure. Mais je poursuivrai dans un deuxième temps la même recherche pour les autres machines habituelles dans un fablab.

  1. Du matériel pliable
  2. Du matériel multifonctions
  3. Du matériel miniature
  4. La mallette de matériel
  5. Du virtuel
  6. La solution de facilité
  7. Conclusion: la liste des courses

 

1. Du matériel pliable

Je dois dire que c’est la première idée qui m’est venue en tête. Peut-être bien parce que le livre de Per Mollerup Collapsible: The Genius of Space-Saving Design (traduit en français sous le titre Plier-déplier) est un de mes livres de chevet. J’avoue avoir un faible pour tout ce qui est escamotable, rabattable, pliant, télescopique, gonflable, gigogne, gain-de-place… D’abord parce que ça prend peu de place bien sûr, mais surtout car les mécanismes employés pour aboutir à ce résultat sont terriblement astucieux et parfois très élégants (et « élégant » est à prendre dans le sens mathématique du terme, c’est-à-dire économie de moyens pour grands résultats).

collapsible_umbrella plier-deplier

On pourra préférer le titre anglais, le mot « collapsible » évoquant délicieusement ce qui s’écroule sur soi-même. « Plier/déplier » semble un peu limité, car certes on peut parler de plier en deux, en Z, en éventail, en parapluie, en accordéon, en treillis (comme les lits de campagne militaires d’antan ou les structures de yourte), mais le gonflable, le télescopique, le gigogne, ont du mal à être englobés par ce terme. Et ils ont aussi leur place dans le livre.

À l’époque où j’ai acheté le livre, j’ai aussi vu une exposition sur le même sujet à Madrid dans la salle Arquería de Nuevos Ministerios. Mais je n’ai pas acheté le catalogue et je n’arrive plus à retrouver la référence.

foldarapAlors que trouve-t-on de pliable en matériel de fabrication numérique?

Le premier exemple à m’être venu à l’esprit, c’est bien entendu l’imprimante 3D Foldarap. Tout d’abord, parce que j’avais croisé Emmanuel Gilloz au Faclab et à la 1ère Maker Faire de Rome. (Yann lui a consacré un petit topo dans cet article.)

Mais aussi parce qu’elle est vendue en kit et que ça me donnerait une occasion d’apprendre à la monter et de m’entraîner à l’impression 3D (il faut imprimer les coins et d’autres pièces).

Et parce qu’elle est abordable (500€ en kit). Et petite. Et légère (3-4 kg).

Mais aussi car elle a un air de parenté avec un autre outil de fabrication pas numérique du tout que je possède depuis toute petite: le métier à tisser Brio. Le principe du gain de place est exactement le même. Le métier a même un avantage: on peut le plier avec le travail en cours inachevé.

C’est d’ailleurs en repérant cette similitude que l’idée de ne pas me cantonner à la fabrication numérique dans les animations de mon projet de fablab mobile m’est venue. Tracer des parallèles entre des technologies différentes, faire comprendre aux gens ce que les innovations textiles ont eu de révolutionnaire… ça m’intéresse.

Mais le plus amusant dans l’histoire, c’est que les imprimantes 3D pliables sont l’avenir, mais pas pour le portatif, le nomade, a priori de petites dimensions, sinon pour tout le contraire, pour les imprimantes 3D géantes, celles qui impriment des objets de très grande taille, car c’est une solution pour les déménager dans les usines ou les hangars. J’ai lu récemment un article à ce sujet.

Alors on garde?

Je ne sais pas. Ça a longtemps été mon premier choix. Depuis, j’ai vu la Microdelta de Martin à l’Émancipolab et elle m’a vraiment tapée dans l’oeil. Elle n’est pas du tout pliante, mais ses dimensions sont assez discrètes pour en caser une sur le tricycle. Elle est dispo en kit aussi et ne coûte que 400 € (auxquels il faudrait rajouter le prix de certaines options assez pratiques).

Oui mais, la FoldaRap SE PLIE! Et elle rentre dans une MALLETTE!

 

2. Du matériel multifonctions

Une autre de mes faiblesses: le multifonctions. Adaptable, compact, ingénieux. Je ne sais pas résister aux solutions astucieuses. Et puis, pour lutter contre l’encombrement, c’est l’idéal (après ne rien posséder du tout, qui est une solution encore plus efficace).

Le hic, c’est que souvent « qui trop embrasse, mal étreint » et que, si on a l’impression que le tout est plus que la somme des parties, quand on regarde ces parties de plus près, individuellement, elles sont souvent moins performantes et moins résistantes que leurs équivalents mono-fonctions. D’ailleurs les constructeurs le reconnaissent parfois eux-mêmes. Autre point faible potentiel: la facilité ou pas avec laquelle on remplace les modules interchangeables les uns par les autres. Si c’est trop compliqué, s’il faut tout recalibrer à chaque fois, l’imprimante risque de se voir condamnée à être toujours utilisée avec la même tête, pendant que les autres se morfondent dans leur boîte. Il faut en être conscient de ces défauts potentiels, mais moi, ça ne m’arrêtera pas de faire de la veille sur les modèles multifonctions, car le concept me fait rêver.

Alors que trouve-t-on comme multifonctions en matériel de fabrication numérique?

La première imprimante 3D multifonctions que j’aie vue, c’était la WASP Evo. La société italienne WASP et le rêve un peu fou de son fondateur [voir article consacré au sujet À VENIR], c’est mes chouchous. Et puis, la machine n’est pas désagréable à regarder (je suis futile). Et surtout, elle alterne entre impression 3D plastique, impression 3D céramique et fraiseuse numérique. Pas mal, mais depuis, la concurrence a démultiplié le « multi » dans « multifonctions ». Et puis, elle serait un peu trop volumineuse pour mon tricycle, et un peu trop chère (1870€).

fabtotum-structural-strength
FABtotum

L’année suivante, les modèles multifonctions se sont multipliés un peu partout. Dans ma présélection, il y a une autre italienne, la FABtotum. Lancée par une campagne de financement participatif, elle est étonnamment bon marché, autour des 1000€ dans sa version de base à 3 modules: impression 3D, scanner 3D et fraiseuse numérique. Mais ce n’est pas tout: ils ont déjà sortis des modules complémentaires et prévoient d’en sortir d’autres encore, qui seraient vendus individuellement et non plus en « lot de modules » comme au début. Entre autres, un module découpe laser, pas très puissant certes, mais suffisant pour le carton. Outre son prix, sa taille est un gros avantage: elle est en effet très compacte et le scanner 3D est à l’intérieur (ce qui n’est pas le cas de la Zmorph où il faut rajouter un plateau). Mais elle n’a pas de buse-seringue permettant d’imprimer avec de l’argile ou des pâtes plus visqueuses comme la WASP Evo ou la Zmorph.

Et puisqu’on parle du wilk (loup en polonais), il y a la polonaise Zmorph. Ah, la Zmorph! Trois-quatre fois plus chère (autour de 4000€ en version complète avec tous les modules), plus volumineuse (mais elle rentrerait encore dans mon tricycle), plus lourde (à 20kg elle est un peu hors course), elle n’en est pas moins très attirante: imbattable quant au nombre de modules (12 têtes interchangeables, rien que ça!), elle permet d’imprimer du plastique (avec une buse simple), du plastique en deux couleurs (avec une buse double), de la céramique (avec une tête extrudeuse ad hoc), des pâtes à usage alimentaire, chocolat, etc. (avec une deuxième extrudeuse), de fraiser et graver (avec la fraiseuse) et même de découper au laser… Le scanner 3D est sur un plateau à rajouter à côté. Plus complète, il n’y a pas actuellement, je crois. Bref, j’en rêve la nuit. Je suis jalouse d’Émie qui a pu en tripatouiller une pendant son stage à Diderot. Bon à savoir, il y a enfin des revendeurs en France: les plus proches sont à Nantes et à Lyon, car il n’y en a pas à Paris (mais il y en a un à Téhéran! et à Rome bien sûr, c’est là-bas que je l’ai reluquée de visu l’année dernière).

Alors on garde?

La FABtotum serait le choix qui s’impose avec son bon rapport prestations/prix, sa taille compacte et un poids encore envisageable (12 kg). C’est d’ailleurs le choix retenu dans le projet Vélo M2. Mais, je ne sais pas. Depuis, pendant son excellent exposé « Les trucs de l’impression 3D: adhérence du plateau, les différents matériaux, etc. » lors de la nocturne du 21 juillet au Faclab, j’ai vu l’imprimante sans marque chinoise que Christophe Weber utilise pour ses démo dans des écoles. Elle a l’avantage de ne pas avoir de cadre et d’offrir une très bonne visibilité du processus d’impression de partout, ce qui en fait un bon choix pour les démonstrations et les formations. Elle a une poignée pour le transport, mais elle n’est pas pliable et ça lui fait occuper beaucoup plus de place que son poids réduit laisserait supposer. Une machine solide et efficace, c’est peut-être plus raisonnable comme choix qu’une multifonctions.

Oui, mais comment résister à une multifonctions? Une MULTIFONCTIONS! Donc la FABtotum est bien placée en lice, mais si quelqu’un veut m’offrir une Zmorph en attendant, je ne dis pas non. Elle sera sans doute trop lourde pour mon tricycle, mais je saurai en faire bon usage, promis!

 

3. Du matériel miniature

Autre solution évidente au manque de place, mais moins astucieuse que les deux premières: la miniaturisation. Elle m’enthousiasme moins, mais a ses avantages.

Alors que trouve-t-on de miniature en matériel de fabrication numérique?

Eh bien, il y a par exemple l’imprimante 3D choisie par Mini Makers, la branche enfants de Roma Makers, pour ses ateliers et ses fablabs scolaires: la Kloner3D 120. À vérifier: son poids (la fiche technique dit 12 kg, mais ça m’étonne un peu vu sa taille).

dsc7968-120-mod-scont-jpeg

Kloner 3D 120

kloner3dstampante-300x225

Kloner 3D 120 en action
(photo Roma Makers)

Autre modèle du même type: M3D, le modèle Micro (environ 300-400€) ne pèse qu’un kilogramme! Et quand on sait que Mattel va sortir sous peu une imprimante 3D pour enfants, on se dit que la gamme va s’étoffer.

m3d-printer-1-900x700
M3D Micro

raspberrypi_arcadeToujours dans le miniature, un projet que je prévoyais de fabriquer pour équiper le Tricyclolab, c’est une mini-borne d’arcade qui carbure à la Raspberry Pi. Elle existe sous de nombreuses variantes et ça peut attirer l’attention et meubler l’attente pendant des animations.

Alors on garde?

La borne d’arcade, absolument, en complément. Pour l’imprimante, je donne plutôt la préférence à la solution multifonctions ou pliable, sauf si les contraintes de poids embarqué m’obligeaient vraiment à choisir une mini-mini-imprimante 3D.

 

4. La mallette de matériel

J’aurais croisé plusieurs fois au cours du DU le concept de mallette de matériel plus ou moins pédagogique selon le cas. C’est une hypothèse de travail intéressante. [voir article sur les mallettes À VENIR].

En plus, elle permet une mise en abyme de la portabilité: c’est du portatif dans du portatif en quelque sorte. Par exemple, quand on voit l’utilisation des Makerboxes à l’intérieur fablab mobile néerlandais Frysklab.

Mais les mallettes pédagogiques, c’est aussi l’outil de choix des fablabs mobiles sans véhicule comme le Plascilab.

Alors que trouve-t-on comme mallettes en matériel de fabrication numérique?

Il existe un modèle d’imprimante 3D contenue dans une mallette, la Tobeca 2. C’est d’ailleurs celle qu’utilise Dcalk, l’équipe derrière le projet Ludobox.

Tobeca (photo Dcalk)
Tobeca (photo Dcalk)

Et puis, des étudiants du MIT avait un projet de machine multifonctions (imprimante 3D, fraiseuse et découpeuse vinyle), le PopFab, mais je n’ai pas l’impression qu’il se soit concrétisé ni commercialement ou ni en plans open source (à vérifier).

Mais les mallettes sont surtout utilisées pour contenir tout le matériel convenant à un atelier sur un sujet précis, surtout quand ce matériel comporte des pièces de petite taille. C’est souvent le cas pour les ateliers d’électronique.

Alors on garde?

Oui, en complément, pour le pôle électronique. Je vois bien un ensemble de 4 mallettes pour un atelier électronique à 4. Mais que mettre dans les mallettes? Kit soudure, kit Arduino/Genuino, Littlebits, Snapbits, autre? À voir…

 

5. Du virtuel

Le virtuel ça prend encore moins de place que les solutions sus-citées. Certes, ça ne permet pas de ressentir les endomorphines engendrées par une bonne séance de fabrication, mais ça peut être un plus, comme outil de partage. Je pense évidemment aux Piratebox et leurs multiples déclinaisons [voir article sur les Piratebox À VENIR]. Dans la famille Piratebox, la Ludobox (lire mon article à ce sujet) s’imposerait.

Alors on garde?

Absolument, en complément. Ça prend très peu de place, c’est très léger, c’est économique (matériel bon marché et énormément de contenu gratuit et libre de disponible). Bref, la Ludobox rejoint l’équipe.

 

6. La solution de facilité

Inévitablement, comme pour ma recherche sur les véhicules, dans ma recherche sur l’équipement des fablabs mobiles, je ne pouvais que recroiser le Néerlandais Bart Bakker et son MiniFablab. En effet, il a compilé sur son site une sélection de machines à prix accessibles, classée par type de machines. Bien évidemment, le gros du matériel qu’il a sélectionné concerne des fablabs mobiles de moyenne et grande taille, mais il a aussi prévu une sélection de machines pour les tout petits fablabs mobiles, comme son projet Urban Makercart de caser un fablab mobile sur la remorque à vélo qu’Ikea va sortir à l’automne 2016. D’ailleurs, il s’envole sous peu pour Senzhen où il donnera une conférence au FAB12. Il mettra à jour son site après, donc n’hésitez pas à repasser chez lui. [màj: sa conférence portait sur comment équiper un fablab avec seulement 2000 dollars.]

Donc la solution de facilité, c’est tout bêtement de piocher dans sa sélection. Pour moi, 2000 dollars, c’est déjà trop. Pour le moment, je vise plutôt la fourchette de prix 800-1500€ pour l’ensemble de l’équipement.

 

7. Conclusions: la liste des courses

Moi, je pense que j’ai maintenant une idée assez précise de l’équipement que je souhaite:

  • une imprimante 3D, multifonctions en premier choix: (FABtotum, ou alors Zmorph si je trouve des mécènes fortunés), pliante en 2ème (FoldaRap), miniature en 3ème (ça va surtout dépendre du poids);
  • un ensemble de 4 mallettes pour atelier électronique (mais le contenu n’est pas encore décidé à 100%);
  • une Ludobox;
  • une borne d’arcade Raspberry Pi;
  • divers outils de fabrication pas numérique du tout (métier à tisser Brio, machine à fabriquer des badges, etc.)…

Ça me semble assez varié pour un micro-assortissement pour micro-fablab et ça devrait tourner dans les 800-1500€ à vue de nez.

Il ne me reste plus qu’à faire un tableau pour préciser tout ça, un peu comme ceux que font les fanas de marche ultra-légère avec les prix d’un côté, le poids de l’autre, pour voir si le tout (+ la structure qui l’abritera) reste sous la barre des 35kg. Si non, il me faudra rectifier la liste en me rabattant sur d’autres modèles ou en jetant du lest et renonçant à certains outils. Si oui, ce sera le moment de passer à l’étape suivante: la recherche de partenaires et/ou de financements.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *