*Tous les fablabs sont à Rome (mon stage chez Roma Makers)

Mon stage s’est déroulé chez Roma Makers du lundi 25 juillet au lundi 1er août et, malgré les dates estivales, je n’ai pas choisi, comme d’autres que je ne nommerai pas, un fablab en bord de mer ;- ), mais je ne peux pas me plaindre, car je démarrais mes journées sur cette terrasse.

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Un transat à l’ombre, une pastèque: dolce far niente

 

J’ai choisi de faire mon stage de DU à l’étranger, à Rome plus précisément, histoire de voir comment ça se passe dans les fablabs italiens. J’ai assisté aux 3 éditions de la Maker Faire européenne qui se tient à Rome tous les mois d’octobre depuis 2013. Ça m’a permis de me familiariser avec le petit monde de la fabrication numérique en Italie. Restait à creuser tout ça par une plongée en immersion dans un fablab transalpin!

Le 17 juin, j’ai fait un saut à Rome et j’en ai profité pour visiter le Fablab Roma Makers. Après une longue conversation avec Alessandro Zampieri, qui a eu la gentillesse et la patience de répondre à toutes mes questions, j’ai vu qu’un stage chez Roma Makers me permettrait théoriquement de tourner sur trois types de fablabs différents: le fablab associatif, le fablab institutionnel et le fablab éducatif [je consacrerai un article à chacun et je rajouterai les liens alors]. Parfait pour mon stage! Un mois plus tard, je débarquais donc au 59 via Magnaghi pour une semaine.

 

Le déroulement du stage

Évidemment, vu les dates, l’activité était plus réduite que le reste de l’année, mais j’ai croisé quand même pas mal de monde, y compris 3 des 4 co-fondateurs (Stefano Varano, Silvio Tassinari et Alessandro Zampieri), des habitués irréductibles comme M., des adhérents, des enseignants, des clients, des gens qui venaient bidouiller, des gens qui venaient travailler, des gens qui venaient préparer les projets que le fablab présentera à la prochaine Maker Faire… Des gens de tous les âges (j’ai même croisé quelques rares ados), pas mal de femmes (même si dans l’absolu la majorité est plutôt masculine).

 

lundi 25 juillet: imprimante 3D à lévitation magnétique et coccinelle robotique

J’ai d’abord vu comment G. et sa fille apportaient des modifications sur leur imprimante Falla3D sous l’oeil attentif de Mauro. En fait, dans les améliorations apportées au modèle depuis la première version (celle de G.), les coins fabriqués à l’imprimante 3D ont été remplacés par des coins en MDF découpés à la laser (puis peints en noir). Plus flexibles, ils apportent plus de souplesse et donc de précision à l’ensemble et, surtout, ils permettent un gain de temps appréciable à la fabrication: de 16 h d’impression 3D, on passe à 20 mn de découpe laser! Il reste quand même des parties imprimées, en ABS, en PLA ou en nylon, c’est selon, pour profiter des propriétés intrinsèques de chaque matière, comme m’a expliqué Mauro. Silvio a suggéré à G. de profiter du remontage pour ajouter un éclairage LED. (Silvio et Mauro font tous les deux partie de l’équipe qui a développé les imprimantes open source Falla3D.)

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La Falla3D en plein remontage

Puis j’ai rejoint M. aux prises avec le montage d’une coccinelle robotique. Elle avait déjà soudé tous les composants sur le circuit imprimé et elle devait maintenant assembler les engrenages et le reste. Je l’ai aidée à déchiffrer les plans de montage, assez hermétiques. Et bientôt, la bébête a pris forme.

Enfin prête pour son galop d’essai! Malheureusement, si la coccinelle marchait (dans le sens littéral du mot), elle n’évitait pas les obstacles. Nous avons donc testé le capteur photosensible et la diode infra-rouge. Pour ce faire, comme l’oeil humain ne perçoit pas l’IR, nous l’avons filmée: la lumière mauve visible à l’enregistrement nous a indiqué que la diode marchait bien. Le problème était donc ailleurs: probablement dans une mauvaise soudure. Du dessoudage en perspective!

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Une coccinelle « zeropuntata »

mardi 26 juillet: agitateur à spiruline et mèmes pour un plan comm’

Stefano s’occupait de la comm’ pour le financement participatif de leur dernier projet: un fablab en milieu hospitalier! Ils veulent en effet créer un fablab dans un hôpital pour enfants. Il m’a demandé de créer des mèmes pour leur page Facebook [lire l’article pour en savoir plus].

Je suis partie sur des idées humoristiques mettant en scène des garnements qui sèment la pagaille à l’hôpital, faute de fablab. Pas évident de faire des jeux de mot dans une autre langue (j’en avais trouvé un qui marche en français et en espagnol, mais pas en italien). Mais finalement, Stefano est parti dans une autre direction et a publié des images plus pédagogiques avec des citations de Montessori.

Exit la coccinelle! M., arrivée au fablab pour l’électronique mais qui s’est découvert une passion pour le biohacking, m’a embarquée dans son nouveau projet: réaliser un agitateur à spiruline pour son bocal à fond pas plat. Avec l’aide de Stefano, nous en avons bidouillé un avec un vieux cintré plié, un moteur de récup’ et un domino d’électricien pour tenir le tout. Puis, M. a fabriqué une boîte pour le moteur dans une chute de plexi. Le retour de la boîte crénelée! [lien à rajouter] Le retour du kerf! [lien à rajouter] Là, c’est Mauro qui a dû nous aider, car la King Rabbit ne sauvegarde pas les paramètres et il faut les avoir mémorisés et les rentrer à la main, tout en tenant compte de l’usure de la lampe depuis la dernière fois. Ça ne s’improvise pas!

mercredi 27 juillet: journée ouverte à tous et Peruvian connection

Le mercredi, c’est la journée où le Fablab Roma Makers est ouvert à tous. Je m’attendais donc à une affluence plus importante et à donner un coup de main pour l’accueil. En fait, il n’y a pas eu grand-monde.

M. m’a présenté Eder, un habitué branché biohacking lui aussi. Ensemble, ils ont testé l’agitateur à spiruline 2ème version, qu’elle a bidouillé à l’aide d’un petit ventilateur USB. Eder est péruvien, nous avons parlé de ses jouets à bascule et du fablab de Lima.

jeudi 28 juillet: charrettes libano-égyptienne et italo-italienne

Autant il y avait peu de monde mercredi, autant ce jeudi le lab était surpeuplé (voir cette vidéo pour vous faire une petite idée de l’ambiance d’un moment parmi les plus calmes). Une quinzaine d’étudiants (d’architecture, je crois) égyptiens et libanais ont occupé les lieux, dans une atmosphère studieuse et concentrée. Ils suivaient des cours d’été de modélisation à l’université La Sapienza de Rome et devaient rendre leur projet final le lendemain. Ils assemblaient des éléments en contreplaqué qu’Alessandro découpait à la laser au fur et à mesure.

Quant à Silvio, c’est les imprimantes 3D qu’il faisait tourner non-stop (un peu comme sur cette vidéo-ci). Il avait une commande à livrer à un client. Les pièces (un prototype de carrelage) s’emboîtaient comme un puzzle qui grandissait jour après jour.

Bref, ça bossait dur dans tous les coins. Pour ne pas déranger, je suis posée dans un coin et j’ai avancé ma recherche sur le thème des fablabs mobiles.

vendredi 29 juillet: visite du BIC Lazio et découpe vinyle

Je suis allée visiter le BIC Lazio Roma Casilina du côté de Porta Maggiore. J’ai visité les installations et Davide, le fablab manager, a répondu à mes questions sur les fablabs hébergés par les Business Innovation Centers de la région Latium et gérés par Roma Makers. [pour en savoir plus, voir l’article lien à rajouter]

Puis, je suis retournée à Garbatella et Stefano m’a présenté à L., une ancienne stagiaire qui travaille maintenant dans leurs fablabs scolaires. [pour en savoir plus, voir l’article lien à rajouter]

Enfin, histoire d’avoir fabriqué quelque chose au cours de mon stage, j’ai découpé et pressé un motif à la découpeuse vinyle, sous la supervision de Rosita.

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Pas besoin de planche de découpe avec ce système de dérouleur

lundi 1er août: ciao belli!

Je suis revenue le lundi, car je voulais parler avec Leonardo, le 4ème co-fondateur, qui est plus focalisé sur l’éducatif et qui gère le projet du fablab en milieu hospitalier, mais il était déjà parti quand je suis arrivée.

Du coup, j’ai parlé avec Silvio de la formation des adhérents. Comme un peu dans tous les fablabs, les utilisateurs ne peuvent se servir seuls des machines qu’après une formation. Mais ici, les formations sont beaucoup plus longues et le niveau exigé pour l’utilisation autonome est assez élevé. Par exemple, pour les imprimantes 3D, la formation peut prendre jusque à 20 heures et, après, il y a une période de rodage où on ne peut les utiliser que sous la supervision d’un fablab manager (pendant au moins 10 heures). Je pense que c’est en partie dû au fait qu’en tant que fablab associatif auto-financé, ils veulent éviter à tout prix la casse des machines.

 

Conclusion

Un bilan très positif

Je ne regrette pas mon choix. La communauté Roma Makers est très sympa. J’ai beaucoup apprécié l’ambiance détendue mais bosseuse qui règne à Garbatella.

Et surtout, c’est une communauté très inventive et dynamique: elle se démultiplie sur une foultitude de projets, tous plus intéressants les uns que les autres. Elle touche à tout, elle est partout (dans l’associatif, l’éducatif, l’institutionnel, le business, etc.). La côtoyer, c’est avoir l’occasion de passer d’une thématique à l’autre, d’un milieu à l’autre. Bref, c’est très enrichissant.

Et puis, à l’heure de la pause, on peut boire un granité au citron ou une crema di caffè dans un des cafés du coin, et ça en été, ça vaut de l’or! C’est pas aux Barbanniers qu’on peut en faire autant ;- P

Les seuls bémols

Le choix de la date. Bon, en fait, je n’ai pas eu le choix puisque je travaille à côté du DU: j’ai été obligée de faire le stage pendant mes congés d’été. Or, quand on visite un fablab en été, ce n’est pas forcément représentatif car ça tourne quand même au ralenti. Et puis, surtout le faire pendant les vacances scolaires m’a privée de la possibilité de visiter les fablabs dans les collèges.

Une lacune dans ma valise. Je n’avais pas apporté de projets matériels sur lesquels avancer pendant mon stage. Du coup, quand je n’avais rien à faire, je bossais sur ma recherche sur les fablabs mobiles. Or, chez Roma Makers, c’est vraiment des faiseurs, des « fabriqueurs », donc je me sentais un peu en porte-à-faux à faire du théorique et pas du pratique. J’aurais dû apporter mon projet Raspberry Pi et avancer dessus.

Une lacune linguistique. Mon italien s’est fait la malle en milieu de semaine. Si je n’avais aucun mal à comprendre (sauf peut-être le soir où Silvio s’est mis à parler très très vite), je n’arrivais plus à faire une seule phrase grammaticalement correcte. Il va falloir que je révise un peu et surtout que je parle plus souvent italien à Paris. J’espère en avoir l’occasion quand M. viendra visiter les fablabs parisiens!

Ce que j’ai préféré chez Roma Makers

J’ai beaucoup apprécié leur attitude de faiseurs justement. Il y a une réflexion derrière toute cette action, je le sais. Des convictions et des choix, politiques, philosophiques, sociaux et autres. Mais ils n’en restent pas à la théorie, ils agissent.

Et ils n’hésitent à démarrer de peu et à construire progressivement et patiemment leurs projets. L’idée de démarrer d’un petit noyau et de le faire grandir progressivement jusqu’à ce qu’il irradie et nourrisse ce qu’il touche me plaît beaucoup. Roma Makers, c’est un peu un arbre qui s’est ramifié dans de multiples directions et qui potentiellement peut donner des fruits un peu partout où ils s’implantent.

Je pense que j’ai beaucoup à apprendre de leur attitude.

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