Tutoriel: Comment écrire en arabe (ou persan, ourdou, sindhi…) avec le logiciel Silhouette Studio

J’écris ce tutoriel car je pense qu’il pourra être utile à plusieurs personnes fréquentant le Faclab, mais aussi, bien au-delà de notre lab, à toutes les personnes qui utilisent les produits Silhouette et se sont frottées à cet écueil: écrire de droite à gauche avec le logiciel Silhouette Studio. Il y a très peu de réponses sur internet à ce sujet et elles ne sont pas toujours correctes. Alors, voici mes solutions à moi.

Sauf erreur de ma part, le logiciel Silhouette Studio (testé dans sa dernière version à ce jour, la V3) ne permet toujours pas l’écriture avec des alphabets allant de droite à gauche, comme l’hébreu, l’arabe et tous les alphabets en dérivant (persan, ourdou, sindhi, turc ottoman, certaines variantes de kurde, etc. etc. etc.). (Si ça se trouve, il y a juste un paramètre à activer caché quelque part, mais je ne l’ai pas trouvé. De toute façon, même si c’était le cas, cet article serait utile quand même, car il donne des pistes et des méthodes différentes.)

Je vais passer en revue les différentes méthodes que l’on peut utiliser pour travailler quand même avec du texte écrit dans un alphabet arabe ou dérivé dans le logiciel Silhouette Studio (je passerai rapidement sur l’hébreu, car la situation de l’hébreu est plus simple à régler et les autres solutions données pour l’arabe conviendront aussi).

 

  • A. L’outil Texte de Silhouette

a) Écrire directement dans le logiciel > NON (sauf en hébreu à la rigueur si vous aimez la gymnastique mentale)

Vous savez, le petit T dans la palette Outils de tous les logiciels de graphisme (sauf que là, chez Silhouette, c’est un A). Si vous cliquez dessus, après avoir sélectionné une police de caractères ad hoc et la configuration de clavier qui va avec, vous vous attendriez à pouvoir écrire correctement. Eh bien, non.

Par exemple, si vous essayez d’écrire le prénom hébreu Sarah
שָׂרָה
vous obtiendrez
הרָשָׂ
(j’espère que ça ne veut rien dire de grossier lu dans ce sens-là). Notez que les lettres sont individuellement dans le bon sens mais qu’elles s’enchaînent dans le mauvais (de gauche à droite et non de droite à gauche).

[CAPTURE D’ÉCRAN]

Bon, pour l’hébreu, qui ne comporte que des caractères isolés (les lettres ne sont pas liées entre elles), il y a une solution très simple, mais un peu casse-pied: c’est tout bêtement d’écrire le mot à l’envers en commençant par sa dernière lettre et en finissant par la première. Très embêtant si vous prévoyez d’écrire un roman, mais carrément faisable si vous allez écrire un prénom ou un court slogan. De toute façon, si vous prévoyez d’écrire un roman à la découpeuse vinyle, vous êtes déjà maso (je ne vous raconte pas l’échenillage de folie qui vous attend!), donc vous pouvez bien l’écrire à l’envers, non?

Mais en arabe (et en persan etc.), ça se corse. En effet, dans ces alphabets, les lettres sont liées, donc voici ce que vous obtenez, par exemple avec le prénom Yasmina
ياسمينة
qui deviendra
ة ن ي م س ا ي :
des lettres orientées correctement individuellement et qui s’enchaînent dans le mauvais sens, tout pareil, mais qui en plus se la jouent solo en snobant les copines! Et ça, c’est affreux! Ça fait mal aux yeux. En effet, en arabe, les lettres sont liées, des deux côtés (sauf pour quelques-unes qui ne sont bêcheuses qu’avec celles qui suivent, donc à gauche). De plus, elles ont des variantes contextuelles et existent potentiellement sous 4 formes différentes selon leur position dans le mot: initiale, médiane, finale et isolée. Des lettres sous leur forme isolée à la queue-le-leu, ça n’existe pas (sauf pour les sigles), c’est donc très laid.

[CAPTURE D’ÉCRAN À RAJOUTER]

b) Faire un copié-collé > NON

Vous vous dites alors: « Je vais ruser et faire un copié-collé depuis mon traitement de texte où là tout est écrit dans le bon sens, ah ah. » Peine perdue, ce sera le même résultat, car il manque au logiciel Silhouette une fonction, celle qui permet d’aligner les lettres de droite à gauche (et qui existe dans votre traitement de texte, où il faut d’ailleurs parfois l’activer lors de la première utilisation, ça dépend des traitements de texte).1

[CAPTURE D’ÉCRAN À RAJOUTER]

 

 

  • B. Importer un fichier .dxf depuis un logiciel de dessin vectoriel > OUI!!!

Heureusement, tout n’est pas perdu. Et si on passe par une étape supplémentaire avec un logiciel de dessin vectoriel on va finir par y arriver. En plus, ce n’est pas forcément une mauvaise chose, car si Silhouette Studio offre déjà pas mal de fonctionnalités du côté dessin et écriture vectoriels, un logiciel dédié uniquement au dessin vectoriel en aura bien évidemment davantage et nous aurons plein d’options à explorer pour transformer notre texte. Bref, à vous les déformations psychédéliques dignes d’une affiche hippie de la grande époque.

Mais bon, avant d’explorer ce monde de possibilités, on va déjà écrire un petit texte tout simple pour voir comment procéder.

Bonne nouvelle! Les trois logiciels de dessin vectoriel principaux, Illustrator, Corel Draw et Inkscape permettent l’écriture de droite à gauche (je vous conseille Inkscape, qui a l’avantage d’être libre, gratuit et multiplateforme 2) et les trois, je crois, permettent de convertir ou d’enregistrer un fichier au format .dxf. Ce qui veut dire, qu’une fois sélectionnée la bonne configuration de clavier, vous pourrez écrire directement dans le logiciel dans le bon sens (toujours en activant l’outil Texte, en général symbolisé par un T dans la palette d’outils). Vous pourrez après vous amuser à choisir une police de caractères ou une autre. Pour cela, vous aurez au préalable téléchargé d’autres polices de caractère en arabe, persan, ourdou, etc. afin de compléter le choix de base offert par votre système d’exploitation.

Quand on veut découper des caractères arabes à la découpeuse vinyle, il est préférable de choisir des polices un peu épaisses. Par exemple, les polices de caractère inspirées des calligraphies de style coufique, si vous aimez ce style, conviennent bien car elles sont épaisses et décoratives. En plus, pour les accros à l’échenillage (je sais que parmi vous il y a des gens qui n’utilisent la découpeuse vinyle que pour le plaisir d’écheniller après), je soulignerai qu’il y a des polices où les lettres coufiques sont entourées de fines arabesques. Un défi réservé aux pros de l’échenillage (ceinture noire 4ème dan au moins) et uniquement si vous avez de bons yeux!

hijaz
Exemple de police coufique avec arabesques décoratives

Pour l’exemple ci-dessous, j’ai choisi une police persane appelée Titr, qui comme son nom et sa forme l’indiquent, est inspirée de celles utilisées par les journaux dans leurs titres. Des polices de ce type existent aussi pour l’arabe. Elle est bien épaisse et j’aime son style assez sobre.

harchimigam
Texte écrit en persan avec la police Titr

Petite précision: les alphabets dérivant de l’arabe comportent habituellement tous les signes employés en arabe plus éventuellement d’autres adaptés à la prononciation de la langue en question. Ainsi, il y a 4 lettres de plus dans l’alphabet persan et 23 lettres supplémentaires dans l’alphabet sindhi (52 en tout!). Les chiffres, quand ils sont de type indien, ont parfois des formes légèrement différentes selon un alphabet ou un autre (sans compter le distingo entre pays où on écrit les nombres avec des chiffres arabes et ceux où on utilise les chiffres indiens). Il y a aussi des petites différences dans les conventions typographiques d’une langue à l’autre qui peuvent se refléter dans la police. Les polices ne sont donc pas interchangeables: même si je pense grosso modo que vous arrivez à écrire de l’arabe correct avec toutes les autres, l’inverse ne sera pas vrai.

Une fois le texte écrit, vous le sauvegarderez ou l’exporterez au format .dxf sur une clé USB ou une carte SD que vous brancherez sur le Mac du Faclab connecté à la découpeuse Silhouette. Là, vous importerez ou ouvrirez votre fichier directement dans le logiciel Silhouette Studio et pourrez faire des retouches avant de l’envoyer à la découpe. Le résultat ne sera plus considéré comme du texte, mais comme un tracé. Ce n’est donc pas avec l’outil Texte que vous travaillerez dessus, vous ne pourrez donc pas rectifier le message par exemple, mais vous pourrez déformer, invertir, cloner, etc. etc. etc.

 

 

  • C. À vous les calligraphies! Importer une image et la vectoriser > OUI

Une autre solution, celle qui est généralement employée pendant les ateliers d’initiation au Faclab, c’est d’importer une image (au format .jpg par exemple) et de la vectoriser dans le logiciel Silhouette Studio. Je n’explique pas le détail, vous connaissez déjà la technique.

L’inconvénient, c’est que vous serez dépendants des résultats trouvés. Vous n’aurez pas la liberté d’écrire le texte de votre choix, contrairement à la méthode précédente (B) et à la méthode suivante (D).

a) …avec une image trouvée sur Internet

Les personnes qui utilisent cette méthode le font souvent avec leur prénom, alors elles ont de bonnes chances de trouver des images de leur prénom calligraphié sur internet avec un simple moteur de recherche.

C’est par exemple la méthode utilisée par Amina lors de mon atelier « apprendre en faisant » (en combinant deux images différentes, celle du cadre et celle du texte):

amina

b) …avec la photographie d’une calligraphie

Vous pouvez aussi photographier une calligraphie qui vous plaît et faire la même opération. C’est ce qu’a fait Zuleikha, une autre des participantes à mon atelier. La calligraphie provenait de la photo d’une tasse de type mug donc je lui ai suggéré de la déformer pour contrer l’effet d’anamorphose involontaire. Voici le résultat, bien plus beau en vrai avec ses lettres argentées sur fond bleu nuit (oui, on sait qu’il y a une faute):

zuleikha

 

 

  • D. À vos calames! Fabriquer une image et la vectoriser > OUI

Mais si vous voulez avoir toute liberté quant au texte choisi, vous allez devoir trouver une autre méthode pour l’écrire vous-mêmes.

a) …en calligraphie à la main, puis en photographiant ou en scannant

Bien sûr, si vous êtes doués en calligraphie arabe, persane, ourdou… le mieux ce sera toujours d’écrire la vôtre et de la photographier ou de la scanner au format .jpg par exemple. Puis, de la vectoriser comme expliqué en C.

b) …avec un générateur de calligraphie en ligne

farsi

Si vous êtes nuls en calligraphie, vous pourrez essayer les logiciels de calligraphie en ligne ou à installer. Bien entendu, le résultat ne pourra arriver au niveau d’une belle calligraphie manuscrite, mais cela peut dépanner.

Par exemple, voici celui que j’utilise pour faire des petites images pour le blog comme celle à gauche:

http://nastaliqonline.ir/

Il est en persan. Je vous explique les différents champs à remplir et je mettrai une capture d’écran légendée pour être plus claire:

  • Le premier champ est destiné à recevoir le texte. Par défaut, il est rempli avec quelques vers de Rumi (je vous rassure, je ne suis pas encore capable de reconnaître les poèmes de Rumi dans leur langue originale, j’ai vérifié par une recherche). Vous pouvez faire une prévisualisation avec le texte offert, histoire de comprendre les options. La barre sert à marquer la coupure des distiques. Le saut à la ligne à marquer la fin du vers et donc le saut à la ligne. Pour écrire votre texte à vous, effacez ou écrivez par dessus.
  • Le deuxième champ, ce sont les dimensions de l’image en pixels (la largeur).
  • Le troisième champ, ce sont les styles calligraphiques. Le premier, c’est le shekasteh (brisé); le deuxième, le nastaliq; le quatrième, le style ourdou; le cinquième, le thuluth; le septième, un style coufique; etc.
  • Le quatrième champ, c’est le format de l’image (.jpg ou .png).
  • La case à cocher ou pas, c’est si vous voulez du texte « ombré » ou pas.
  • L’avant-dernier champ, c’est la couleur du texte (au format « code couleur HTML »).
  • Le dernier champ, c’est le motif du cadre (le site est pensé pour des poèmes à encadrer, je crois). La première option de la liste déroulante, c’est sans cadre. Après vous avez différents motifs nommés par une lettre et chacun peut être choisi dans différents formats: A4 ou A5, عمودی vertical (portrait) ou افقی à l’italienne (paysage).
  • Pour obtenir votre calligraphie, vous cliquez sur le bouton avec du texte jaune et vous obtiendrez une image. Vous savez ce qu’il vous reste à faire: clic droit puis « enregistrer sous… » pour récupérer l’image.

[CAPTURE D’ÉCRAN LÉGENDÉE À RAJOUTER]

c) …avec un logiciel de calligraphie

Il existe des logiciels spécialisés qui vous permettront beaucoup plus de fantaisies, mais pour le moment je n’ai regardé que des vidéos sur youtube pour en comprendre le fonctionnement. Je ne les ai pas encore essayés. Si vous avez apprécié ce tutoriel, sachez que je prévois d’explorer ces logiciels d’aide à la calligraphie arabe et persane. Je publierai sans doute un autre article ou une documentation sur le site du Faclab à ce sujet d’ici quelque temps.

 

 

E. Très important: dernier conseil valable dans tous les cas

Quelle que soit la méthode employée, si votre texte est destiné à un transfert sur tissu, surtout n’oubliez pas de l’inverser en miroir avant de le découper!!! (Rappel: la façon la plus simple de procéder, c’est l’option Menu Objet > Transformer > [—]). Ça, ça reste valable pour toutes les langues, qu’elles s’écrivent de gauche à droite, de droite à gauche, avec des écritures alphabétiques, syllabaires ou des idéogrammes… Sauf peut-être pour celles qui s’écrivent dans le sens boustrophédon.

Bonne calligraphie, bonne découpe et surtout bon échenillage!

 

 


1. Plus techniquement, c’est qu’il manque le moteur de rendu Unicode qu’il faudrait. [Partie sur moteur de rendu à vérifier, compléter et mettre en note.]

2. [Rajouter note sur ce que ces termes signifient et sur les avantages de ces caractéristiques.]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *